« Un verre de Maréchal Foch s’il vous plait ! »

C’est qu’on devrait pouvoir entendre dès le printemps 2020. L’INAO vient en effet de valider l’Indication Géographique Protégée (IGP) francilienne !

 

Un vieux vignoble

Si la région ne dispose plus que de quelques dizaines d’hectares de vignes, son passé se montra plus glorieux. Ce fût une des plus importantes en surfaces de vignes en France ! (Plus de 40 000 ha au XIXe siècle). Il fallait produire là où l’on consommait. Mais l’arrivée du chemin de fer, qui permit d’acheminer à bas coûts des vins plus corsés, annonça son déclin. Ensuite, la pression foncière due à l’exode rural, additionnée aux ravages du phylloxera et à ceux de la 1ère guerre mondiale firent progressivement disparaitre les vignobles.

 

Une renaissance récente

Elle fut initiée par Patrice Bersac. Ce Gadz'Arts à longue barbe est en effet tenace. Il crée en 1998 les « Vignerons Franciliens Réunis », fédérant ainsi les particuliers, associations et collectivités territoriales qui disposent encore de quelques pieds de vigne. Mutualisation des connaissances et formations sont leur credo. Mais si les vignes, tout d’abord illégales, obtiennent dans un premier temps un statut « patrimonial », celui-ci interdit toute commercialisation. Donc à partir de 2008, cette association porte le projet d’obtention d’une IGP.

En 2013 un dossier est officiellement déposé à l’INAO et la nouvelle réglementation européenne adoptée le 1er janvier 2016, qui donne à la France la possibilité de planter chaque année 7 500 hectares supplémentaires vient aider le projet. Pourquoi ne pas en attribuer quelques-uns à l’Ile de France ? Nos voisins Belges et Allemands le font bien pour des vignes plus septentrionales ! Mais le combat est ardu car beaucoup d’oppositions apparaissent. Les vignerons Languedociens voient tout d’abord d’un mauvais œil la renaissance, aussi timide soit-elle, d’un ancien si grand vignoble. Les Champenois ensuite s’inquiètent de la présence de vignes proches des leurs et qui pourraient entrainer une confusion. Pétitions, interventions médiatiques, politiques… l’INAO valide finalement 7 ans après le projet. Mais une procédure nationale d’opposition peut encore surgir.

 

Pourquoi une IGP ?

Parce qu’elle est plus porteuse commercialement, elle est en effet basée sur un cahier des charges, certes moins contraignant qu’une AOC, mais tout de même contrôlé par l’INAO. Elle s’inscrit de plus totalement dans la tendance de consommation locale. Enfin, elle permet juridiquement l’utilisation sur l’étiquette de termes valorisants, type abbaye, chapelle, commanderie, domaine, moulin, tour…

 

Quelle zone est retenue et qu’y trouvera-t-on ?

La région viticole « historique » : 380 communes de Dreux à Laon, et de Beauvais à Provins (la zone reste à distance de la Champagne). Les vins seront blancs, rouges ou rosés, mais sans bulles. A Acy (près de Soissons), les vins porteront la mention « vin vermeil ».

83 variétés pourront être utilisées, dont des cépages hybrides. Ces plants, comme le Maréchal Foch, un croisement produit en Alsace au début du XXe siècle, semblent en effet plus résistants aux nombreuses maladies. Une qualité nécessaire pour une viticulture proche d’agglomérations et nécessitant de limiter, voire de ne pas faire du tout de traitements !

 

Quelle qualité ?

Si les vins qu’on trouve pour l’instant sont plutôt légers et sans grand caractère - les blancs étant plus intéressants que les rouges - la tendance est nettement à l’amélioration. Cette création d’appellation (car c’en est une !) annonce l’ouverture d’un marché et devrait attirer des opérateurs désireux de se diversifier et disposant de moyens techniques plus conséquents. Mais c’est surtout le réchauffement climatique ou en tout cas l’augmentation des températures moyennes qui favorisera la qualité sous la latitude francilienne.

 

Rédigé par Alain Echalier

28/12/2018