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Un chardonnay en terre inconnue

Il y a les prudents, et ceux qui aiment « être sur le fil, à la limite du possible », comme Henri Jammet et Olivier Pucek. Il y a quelques années, ces deux vignerons charentais ont eu l’intuition que l’on pouvait produire du vin dans le Pas-de-Calais. Plus précisément sur un terril, ces collines artificielles, faites des résidus de l’exploitation du charbon, qui façonnent les paysages du bassin minier.

En mars 2011, après avoir obtenu un droit de plantation à titre expérimental, ils plantent 2 000 pieds de chardonnay sur la face sud du terril 2 bis d’Haillicourt, non loin de Bruay-la-Buissière. Le sol ocre à noir, très drainant, fait de schiste, de grès, de terre, de cailloux, la chaleur qu’il dégage, sa forte pente qui accroche les rayons du soleil, tous ces éléments leur permettent d’espérer la réussite de cette audacieuse entreprise.

 

22-10-16 vendanges sur le terril d'haillicourt 3 : Le terril 2 bis d’Haillicourt, qui a commencé à être érigé en 1907, culmine à 73 mètres. Crédit photo : O. Pucek

 

A la fin de cette année, ils organiseront déjà leur troisième dégustation, le millésime 2015 de ce vin si singulier, baptisé « Charbonnay ». Avec la satisfaction de remplir l’exigence qu’ils s’étaient fixé dès le départ : faire un vin de grande qualité. L’aventure a d’autant plus de saveur qu’Olivier Pucek et Henri Jammet ont dû faire face à des imprévus : un sol tellement drainant que la sécheresse sévit rapidement quand la pluie vient à manquer, les lapins et les oiseaux friands de baies sucrées, la pénibilité du travail de la vigne sur ce terroir inédit. Quelques bonnes surprises aussi : le vent limite les maladies. Cette année, ils espèrent 500 bouteilles. Leur objectif : en produire 1000, et figurer sur les meilleures tables de la région.

 

22-10-16 vendanges sur le terril d'haillicourt : Vue imprenable sur le bassin minier depuis le vignoble d’Haillicourt. Crédit photo : O. Pucek

 

            Ils se battent pour que le Charbonnay, un vin « frais », « tendu », puisse être rapidement commercialisé, alors qu’il n’est pour le moment accessible qu’en adhérant à l’association « 2 bis et Tertous ». Ils souhaitent également faire mieux connaître ce vin aux habitants de la région, fiers de voir que leurs terrils, en plus d’être un patrimoine à conserver, peuvent se révéler fertiles.

  1. B.-D.