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Trump met la pression aux vins français

Le petit tweet de Trump qui a échauffé le mondo vino français est loin d’être innocent, mais pas forcément comme certains ont pu le comprendre.

Coup de pied dans la fourmilière

 

Tweet de Donald Trump

 

« ..la France produit du vin excellent…». Notons d’abord le compliment, car venant du Président américain il est… rarissime. (D’ailleurs, suggérons immédiatement à nos vignerons d’adopter ce satisfecit. Ne vient-il pas d’un milliardaire ayant accès à tous les vins possibles, et d’un propriétaire de domaine viticole ?

« La France rend l’export de vin américain en France difficile avec des barrières douanières, tandis que l’inverse est simple avec très peu de taxes. Injuste, doit changer ! » Après avoir soufflé le chaud, Donald Trump enclenche la douche froide. Glaçant quand on pense à la guerre tarifaire en cours avec la Chine. D’autant plus que les États-Unis sont le 1er marché à l’export pour les vins français ! Réelle menace ?

Traitement asymétrique et injuste ?

Nous avons interrogé le cabinet Cornet Vincent Ségurel, spécialiste du secteur viticole et de sa fiscalité.  Me Adrian et Me Agostini expliquent. « Pour une bouteille de vin de 75 cl, (moins de 14% d’alcool) :  les droits d’assises (Les frais de douane) d’une bouteille de vin français arrivant aux Etats-Unis sont de 0,24€, alors que l’inverse n’est que de 0,028€. Mais, il faut toutefois ajouter la TVA : 20% en France, contre seulement 4 à 10% aux USA, selon les états ».

Reprenons le calcul : en combinant frais de douane et TVA pour une bouteille exportée à 10€ : les administrations américaines ajoutent donc environ 1€ (exemple à New York où la TVA est à 7%), tandis que la France ajoute 2€. Trump aurait-il raison ?

Une vision partiale…

Certains pourraient argumenter que les échanges entre pays doivent être analysés tous secteurs économiques confondus. Que lorsque la France paye sa part d’impôts aux USA pour l’export de son vin, les GAFA américains (Google, Amazon, Facebook, Apple), spécialistes de l’optimisation fiscale, ne peuvent en dire autant. Pourtant, même au sein de l’activité viticole, la réalité est bien différente de celle décrite par le Président Américain. Pour mesurer la facilité d’exportation des vins de part et d’autre de l’Atlantique, il nous faut aussi tenir compte d’une singularité américaine. Suite à la prohibition, la moitié des états américains imposent une distribution à trois étages : importateur, grossiste, et distributeur. Chacun devant gagner sa vie et donc appliquer sa marge, le vin français se trouve là bien plus handicapé que ne l’est le vin américain (la France n’impose évidemment pas un tel système).

…qui est une méthode

La semi-vérité du tweet du Président américain tient en fait bien plus d’une pratique récurrente que d’un énervement sporadique, ou d’une conduite erratique. Nous la retrouvons en effet systématiquement en premier coup de boutoir avant l’offensive. Et si les vins américains se vendent peu en France, cela n’est pas le fait d’une taxation excessive, mais bien plus d’un désintérêt du consommateur. D’autant plus que certains gros producteurs américains (le marché y est très concentré), ne peuvent se faire connaitre en France du fait de la loi Evin qui limite la publicité sur les alcools.

Parions que cette « exception viticole française » fera prochainement l’objet d’une attaque en règle. Depuis quelques mois, les distributeurs américains annoncent en effet à leurs vignerons que le marché français, dernier bastion européen, va bientôt s’ouvrir.

 

Rédigé par Alain Echalier

Le 16/11/2018