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Répit pour la défense de nos vins ?

L’élection de Donald Trump, ayant cyniquement surfé sur la fureur populaire contre les traités de libre-échange (NAFTA, TAFTA-TTIP…), semble donner un souffle d’air aux défenseurs des appellations d’origine, en apparence. Analyse.

 

Si la notion d’origine remonte au moins à l’Égypte ancienne (des amphores de vins marquées de leur lieu de production), c’est en France que le concept a été formalisé. La loi de 1905 a posé les bases (pour lutter contre les fraudes dans le domaine viticole) et le concept d’appellation est apparu en 1935. En 1990, l’Union Européenne a ouvert l’utilisation de la notion d’appellation à l’ensemble des produits alimentaires. Enfin le 15 Septembre 2005, un accord Europe/États-Unis a entériné la reconnaissance des dénominations respectives. L’INAO, gardien du temple pour la France, vient de publier les chiffres clés de 2015 : sur un millier de SIQO (signe d'identification de l'origine et de la qualité, c’est-à-dire AOP +IGP +Label Rouge), 366 portent sur le vin. En France 95% des surfaces viticoles sont consacrés aux vins d’origine et l’exportation de vins représente 11,7 Milliards d’euros.

 

Menaces et vigilance

 

Le traité de libre-échange Europe/États-Unis (« Tafta » pour ses détracteurs, « TTIP » pour ses adeptes) fait l’objet de négociations depuis plus de 3 ans, porté notamment par Obama et Angela Merkel. Le risque qu’il fait porter sur les AOC, sous prétexte de simplifications des normes, est fortement dénoncé par de nombreux militants. Grâce à eux, les négociations, d’abord secrètes, ont fuités à plusieurs reprises et une forte pression s’est exercée dans les média. Cet été les gouvernements français et allemand ont fini par déclarer vouloir enterrer le traité.

 

L’élection de Donald Trump, opposé pendant sa campagne au traité d’Amérique du nord (délocalisation d’emplois au Mexique),  et s’étant prononcé contre le projet de traité transatlantique, semble en conforter la mort. Pourtant le CETA, l’accord de libre-échange Europe/Canada, signé fin octobre, contient bien quelques concessions concernant les AOP (il doit toutefois encore être voté par chacun des parlements des pays d’Europe). Mais surtout le cynisme du nouveau Président, qui quotidiennement semble revenir sur ses promesses de campagne, engage à la plus grande prudence. Sa sincérité concernant son opposition au libre-échange avait d’ailleurs été mise en doute quand la fabrication à l’étranger de nombreux produits portant son nom avait été dévoilée.

 

Le déroulement et le contenu de ses négociations demeure toujours secret et à terme, le projet transatlantique ne pourra être totalement stoppé que par Bruxelles, sur directive des pays membres. C’est donc bien l’ensemble de la filière qui devra rester très vigilante afin de sauvegarder ses intérêts et ne pas voir réduits à néant 80 années de travail.