Reims vendange son cépage ancestral

Des grappes pesant jusqu'à 2,8 kilos, accrochées à des ceps vieux de plus de trois cents ans. De mémoire de rémois, on n'avait jamais vu ça. Jeudi 21 septembre, les jardiniers de la ville de Reims ont récolté des raisins atypiques sous les yeux de spécialistes de la vigne et du patrimoine. Planté au 17e siècle par les pères jésuites dans la cour de l'ancien Collège, aujourd'hui classé aux Monuments Historiques au même titre que les façades qui lui servent d'écrin, le verjus était vendangé pour la première fois depuis son authentification par l'Institut Français de la vigne et du vin, en 2012.

 

 

Pendant cinq ans, scientifiques, architectes des Bâtiments de France et œnologues ont multiplié les efforts pour redonner vie à ce cépage que l'on croyait disparu. C'était sans compter sur sa robustesse. Doté de racines enfoncées à plus de dix mètres dans le sous-sol crayeux de la capitale champenoise, le verjus est l'une des seules espèces à avoir survécu à l'épidémie de phylloxéra qui toucha le vignoble français à la fin du 19e siècle.

 

 

Particulièrement populaire au Moyen-Âge, il servait principalement à élaborer des sauces. De quoi éveiller la curiosité du chef étoilé des Crayères. Présent lors des vendanges, Philippe Mille compte bien mettre à profit les 50 kg de raisins récoltés pour imaginer de nouvelles recettes. Une partie des grappes sera également vinifiée, pour tenter de révéler les secrets de ce cépages aux notes d'ananas frais et de pomme rouge.