Quentin Tarantino : « un bon vin avec une belle histoire, c’est bien meilleur »

Ancien gérant d’une boutique de vidéo, sevré aux films de kung-fu et aux séries B, véritable encyclopédie vivante du cinéma, Quentin Tarantino écrivit son premier scénario en 1984. Dix ans plus tard, il décrochait la Palme d’or avec « Pulp Fiction » à Cannes, où il était présent en 2019 avec « Once Upon a time in Hollywood ».

 

Quand j’étais gamin, je me revois dévorer tous les articles parlant de cinéma. Si j’avais su qu’une vingtaine d’années plus tard, je verrais projeté au Festival de Cannes « Reservoir dogs » hors compétition encadré par de superbes filles en robes de soirée, je ne l’aurais pas cru. La cerise sur le gâteau ça reste tout de même ce soir où l’immense Clint Eastwood – tant par la taille que par le talent – a annoncé que j’avais décroché la Palme d’Or avec « Pulp Fiction ». J’étais tellement heureux que j’ai affiché ma joie en sautant en l’air. Les bras en V. Vous savez, un peu comme un alpiniste qui aurait gravi une montagne à mains nues et qui, une fois au sommet, ne peut pas s’empêcher de manifester sa joie ! Il faut me comprendre. Je venais d’entrer dans un club très fermé. Très select.

Il y a la liste des réalisateurs qui ont remporté la Palme d’or et la liste de ceux qui ne l’ont pas et qui ne s’en remettent toujours pas ! En décrochant plus tard l’Oscar de meilleur scénario avec « Django Unchained », là je me serais presque pris pour le Dalaï Lama tant j’étais en lévitation ! (rires). (…) Quand je tenais une boutique de vidéo, j’essayais systématiquement de convaincre les membres de mon vidéo club de me louer des cassettes de films indépendants ou totalement méconnus. Au fur et à mesure, les gens se forgeaient leur propre culture. Ils n’étaient plus ses moutons de Panurge que la publicité formate. Ils devenaient en sorte des connaisseurs qui choisissaient un film non pas en fonction de son affiche mais de ce qu’il apportait de novateur dans cette industrie uniformisée que l’on appelle le « movie-business ». Un terme qui me file de l’urticaire rien que de le prononcer ! Pour le vin, c’est la même chose. Je pense être un connaisseur. Du coup, dès que j’invite des amis à la maison je m’efforce de leur faire découvrir de bonnes bouteilles. Le but, c’est aussi de boire mes paroles, en l’occurrence les histoires que je leur raconte avant de déboucher mes « réserves spéciales ».

Servir un vin d’exception dans un beau verre et à une belle table, c’est vrai que c’est important. Mais un bon vin avec une belle histoire, c’est bien meilleur. Et comme le vin est souvent une affaire de familles, de dynasties, de générations qui se transmettent leur savoir-faire, le sujet est intarissable !

 

Propos recueillis par Frank Rousseau, notre correspondant aux Etats-Unis