Matthew Rhys : Pour le vin, il doit tout à Peter Falk

 

 

A 46 ans, l’acteur gallois réinvente avec brio, le personnage de « Perry Mason ». Plus de cinquante après les débuts de cette série dramatique juridique américaine diffusée à l'origine sur CBS du 21 septembre 1957 au 22 mai 1966, cette nouvelle version très punchy devrait cartonner. Produite par Robert Downey Jr et son épouse, réalisée par le très inspiré Tim Van Patten (« Games of Thrones », « Boardwalk Empire »), cette plongée - en huit chapitres - dans le Los Angeles des années 1930 est on ne peut plus addictive. En attendant, la star se souvient d’une rencontre avec un autre détective : Columbo, joué par le regretté Peter Falk…

 

 

Je jouais un méchant avec un accent dans le tout dernier épisode de la série « Columbo ». Cela remonte à un bail et je ne savais pas du tout que ce serait l’ultime épisode. Peter Falk qui était un acteur très soucieux du détail m’avait même dit : « Ton personnage devra parler le cockney (Ndlr : Le terme cockney désigne les Londoniens issus de la classe ouvrière de l'est de la capitale britannique). Pendant des jours et des nuits, pour répondre au cahier des charges, j’ai donc travaillé mon accent cockney. Une fois dans son bureau, Monsieur Falk me demande : « Au fait, mon gars, tu viens d’où ? ». Je lui réponds que je suis un Gallois de Cardiff. « Ah oui, me rétorque-t-il ? Dans ce cas, pourquoi ne jouerais-tu pas un méchant gallois en provenance de Cardiff ? ». J’étais vert ! En deux secondes, il venait de foutre en l’air toutes ces heures où j’avais essayé de choper l’accent cockney. Mais je ne lui en ai jamais tenu rigueur. Peter Falk était un monsieur d’une gentillesse extrême. C’est même lui qui était venu me chercher, en personne, à l’aéroport de Los Angeles et qui m’avait déposé avec sa vieille Ranger Roger dans un hôtel de la ville ! Puis le soir, malgré le décalage horaire, il avait absolument tenu à me faire goûter ses vins préférés. Peter Falk était un amateur de grands crus ! Quand il ouvrait une bouteille, il vous donnait tout le pédigrée. J’étais impressionné. Quand je lui ai dit que je n’y connaissais rien en vin, il m’a sorti : « Tu es un Gallois, je suis sûr que ton truc c’est le whisky et la bière ! Mais le vin, c’est différent ! Tu n’évolues plus dans le même monde ! Tu tutoies les Dieux quand tu consommes un vin d’exception ! ». Quand je suis arrivé à Los Angeles, Peter m’a fait découvrir des Bordeaux de folie ! Et quand je suis reparti au Pays de Galles, il m’a donné une bouteille de Pétrus en précisant : « Tu la boiras à ma santé avec tes amis ! Ce que je te donne, c’est de l’or liquide ! » Je suis donc arrivé à l’aéroport avec ma fameuse bouteille. Je l’avais placée dans l’une de mes valises. Je pensais l’avoir bien emballée. En fait, pas du tout. Quand je suis arrivé à destination, j’ai constaté en ouvrant mon bagage que la bouteille de Pétrus était cassée ! Et tout le contenu s’était répandu sur mes vêtements. Une des passagères, qui attendait ses bagages sur le tapis roulant ; s’est alors approchée de moi en me disant : « Oups, je suis désolé pour vous ! Le vin, ce n’est rien, vous le remplacerez par une autre bouteille, mais vous allez devoir payer une sacrée note chez le teinturier ! ». Elle ignorait juste un petit détail : le prix du flacon que m’avait offert Peter avoisinait les 6 000 dollars ! Je ne m’en suis jamais vraiment remis ! 

 

 

Propos recueillis par Frank Rousseau, notre correspondant à Los Angeles