Le Sussex contre la Champagne ?

 

 

 

L’acteur Peter Ustinov le disait : « L’enfer c’est la ponctualité italienne, l’humour allemand et le vin anglais ». Pourtant, le 22 novembre dernier, le Ministère britannique en charge du dossier a confirmé avoir déposé auprès de l’union Européenne un dossier de classification en AOP pour les vins « Sussex ».

La perfide Albion sur tous les fronts !

En plein Brexit, cette nouvelle pourrait faire sourire, mais les 70 vignerons de cette région du Sud de l’Angleterre ont démarré cette démarche en mars 2015, bien avant le fameux référendum. Et le Royaume-Uni a confirmé le mois dernier qu’il continuera, même hors de l’Europe, à respecter le système des appellations européennes. La démarche prendra plusieurs années pour aboutir mais elle protège immédiatement le nom.

 « Sussex » wine… pour attaquer le Champagne !

S’il existe déjà une appellation « English Sparkling wine », elle est très peu restrictive et peut être utilisée pour des vins réalisés en cuve close (méthode bien moins qualitative). Mais « Sussex » veut chasser sur les terres du Champagne, avec une seconde fermentation en bouteille de 15 mois minimum. Pour les cépages, nos voisins n’ont pas été non plus très novateurs ; exactement les mêmes ! Chardonnay, Pinot noir, Pinot Meunier (mais aussi et c’est moins connu : Arbane B, Pinot Gris, Pinot Blanc et Petit Meslier). Ces raisins devront provenir uniquement de la région du Sussex au sol crayeux. Si le Prosecco italien attaque le marché des effervescents plutôt sur le bas du segment, le Sussex veut lui l’attaquer par le haut.

Vraiment ?

La presse anglaise, joue - comme à son habitude - à fond la carte nationaliste et assène déjà que les dégustations à l’aveugle positionnent ces vins parmi les meilleurs. Le changement climatique se traduisant dans la région par un réchauffement, le climat y deviendrait sensiblement identique à celui de la Champagne… il y a 30 ans. Bref, même sol, même climat signifierait même vin ? Pas si simple. D’abord le réchauffement en Champagne se traduit ces dernières années par un quasi abandon de la chaptalisation (les Champagnes ont donc progressé) et ensuite la maitrise de l’élaboration d’un grand Champagne est très complexe et demande de toute façon des années voire des décennies de pratiques.

La Champagne inquiète ?

Le marché mondial des effervescents connait une telle croissance, que malgré ces attaques répétées les ventes de Champagne progressent (plus de 310 millions de bouteilles en 2015). Mais comme par le passé - aux USA notamment - certains gros opérateurs champenois (Vranken-Pommery, Taittinger…) s’intéressent de près à cette région anglaise et commencent à y investir. Il faut dire que l’aire d’appellation Champagne n’est guère plus extensible et que le prix du foncier atteint des sommets. Dans le Sussex, l’hectare de vigne coûte 5 fois moins cher qu’en Champagne !