La syrah à Bordeaux : un mythe ?

Non, une réalité. Le plus célèbre des châteaux bordelais à avoir osé est le Château La Lagune, 3e Grand Cru Classé de l’AOC Haut-Médoc. Sans doute parce que Caroline Frey partage son temps entre Ludon et Tain l’Hermitage où elle dirige également le Domaine Paul Jaboulet Aîné. La Cuvée  «Evidence» est née tout naturellement de cette double culture qui l’a poussée à associer le cabernet-sauvignon des vignes produisant le second vin de La Lagune à la syrah du Domaine de Thalabert, où naît le Crozes-Hermitage de Jaboulet. C’est le mariage entre l’élégance du cabernet-sauvignon et la puissance de la syrah.

 

Ainsi, Caroline Frey a-t-elle renoué avec une tradition bordelaise remontant à la fin du XVIIIe siècle, à une époque où plusieurs vignobles bordelais cultivaient des vignes de syrah qu’ils assemblaient au cabernet-sauvignon pour donner plus de puissance à leur vin. Rien à voir alors avec le réchauffement climatique qui occupe le paysage médiatique sans relâche depuis quelques années.

 

Car la Syrah est un cépage facilement adaptable. On la trouve couramment dans toute la vallée rhodanienne et le pourtour méditerranéen et jusque dans le massif Corse dans des climats plutôt chauds et à humidité relativement faible, qui excluaient jusqu’alors les configurations océaniques plutôt fraîches du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la France. Mais la donne a changé en même temps que les courbes de températures et il est bien possible que la syrah rhodanienne aujourd’hui simplement assemblée avec le cabernet sauvignon girondin, fasse rapidement  ses valises pour venir s’installer dans le Médoc. Entre s’adapter ou mourir, le choix est vite fait !