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La fin du vignoble français pour 2050 ?

Changement climatique, aspects sanitaires, nouvelles technologies, géopolitique… comment la filière viti-vinicole française peut-elle s’adapter ? 23 équipes de chercheurs (INRA, CNRS, Universités…) ont planché sur la question de 2012 à 2016 dans le cadre du projet LACCAVE. Les résultats commencent à être partagés avec les acteurs du secteur.

 

Changement climatique, élément majeur

Si le risque d’une pression accrue des autorités sanitaires sur les boissons contenant de l’alcool, et une variation de l’engouement mondial pour le vin ont été pris en compte, c’est l’évolution climatique qui semble prépondérante dans cette étude. A été retenue l’hypothèse du GIEC d’une augmentation des températures moyennes de +2 °C, mais aussi le changement du régime des pluies, la poussée des maladies de la vigne liées aux champignons et des évènements extrêmes (vagues de chaleurs, pluies diluviennes, sécheresse dans le sud). On sait que la vigne aura besoin de plus d’eau, que son cycle sera plus précoce (la vendange se fait déjà en moyenne 2 semaines plus tôt qu’avant 1980), mais aussi que les rendements seront modifiés et surtout les profils aromatiques des vins changeront : alcool plus élevé, moins d’acidité, maturité des tanins différente... 4 scenarii distincts ont donc été pensés pour réagir.

 

« Conservateur »

Les sites de viticultures ne changent pas. Peu d’innovations technologiques sont autorisées dans les cahiers des charges des appellations. 1 récolte sur 4 est normale. Le Bio devient très difficile. Les profils aromatiques évoluent. Les AOC se maintiennent en France comme à l’export (Elles sont perçues comme un « bien culturel »), mais les autres vins baissent. Rare et aléatoire le vin devient plus cher et élitiste. L’état est peu engagé dans la recherche.

 

« Innovant »

L’UE oblige la viticulture à rester où elle est, mais à la vigne comme à la cave les innovations intègrent les cahiers des charges (nouveaux cépages, viticulture de précision, OGM, irrigation, aromatisation…). Des marques intra UE et sans AOC se développent. Le vin devient de plus en plus technologique, car il faut en même temps répondre à une pression écologique et sanitaire croissantes.

 

« Nomade »

L’Europe institue une liberté de plantation et n’investit que sur les techniques de réduction d’alcool ou de limitation des intrants (dont l’eau). Dans le sud, les vignobles descendent en plaine (là où il y a de l’eau) et les vignobles du nord deviennent prépondérants et leurs vins hors de prix. De nouveaux terroirs (sol, climat, vigne) font leur apparition. Le « bio » peine, trop risqué face aux aléas climatiques. La filière vin tout entière a des difficultés.

 

« Libérale »

Les échanges internationaux progressent avec de moins en moins de normes. Les AOC perdent en importance. Dans le sud, la vigne pousse en plaines irriguées, dans le nord elle réinvestit le bassin Parisien, la Bretagne et la Normandie. Hybrides et OGM sont utilisés. Les vins industriels « sans complexe » côtoient quelques AOC survivantes appartenant à des groupes de luxe. Seul le secteur privé investit dans la recherche et le développement.

 

Ces scenarii semblent bien sûr caricaturaux car ils sont destinés à faire réagir. On déplorera toutefois qu’aucune des hypothèses étudiées n’incluent une volonté de lutter contre la cause même du réchauffement, en diminuant le bilan carbone de la filière (Est-il normal de trouver en France un vin venant de l’autre bout de la terre à moins de 10 € ?)