L’irrigation, sujet brûlant pour les vignerons

 

2018 a été un nouvel été particulièrement chaud en Europe. Des vignerons français demandent la possibilité d’irriguer comme c’est autorisé dans de nombreux pays. Est-ce actuellement interdit ? Quels sont les enjeux ?

 

La vigne et l’eau

La vigne est une plante qui a besoin de très peu d’eau. En cas de sécheresse forte, les grains sont petits et la production de vin de faible volume. Mais en cas de sécheresse extrême, par réflexe de protection, la transpiration de la plante s’arrête. En fait ce sont les stomates situés sous les feuilles qui se referment. Or comme c’est par là que le gaz carbonique entre, la photosynthèse et donc la production de sucres s’arrête. Et c’est tout le processus de maturité dans le raisin qui se bloque. Au mieux le vin sera déséquilibré, au pire le pied de vigne meurt.

 

Une législation qui a évolué

Beaucoup pensent qu’en France, contrairement à nos voisins Italiens ou Ibères, l’irrigation des vignes en appellation (AOC-AOP) est interdite. En fait, suite à la canicule de 2003, annonciatrice du changement climatique, le tabou a volé en éclats (décret 2006-1527 puis 2017-1327). Si le cahier des charges (propre à chaque appellation) le permet (et c’est le cas pour beaucoup dans le sud : Châteauneuf du pape, Picpoul de Pinet…), l’irrigation devient possible, sous conditions. On distingue 3 périodes. De la vendange jusqu’au 1er mai (fin approximative de la croissance des 1ers rameaux), le vigneron est totalement libre. Du 1er mai au 15 août (période de croissance verte des rameaux et grappes), en cas de sécheresse et sur demande de l’appellation qui doit la justifier par des mesures, l’INAO peut autoriser l’irrigation. Enfin, du 15 août jusqu’à la vendange (période où la grappe a pris des couleurs) tout apport d’eau est interdit. Notons que la vendange est parfois peu éloignée du 15 août.

 

Les risques

Si la plante s’habitue à disposer d’eau en surface, son système racinaire superficiel y sera hyper développé. Comme c’est la zone contenant le plus de matière organique, la vigne va avoir beaucoup de feuilles. Or dans une zone fortement ensoleillée, cela va doper la photosynthèse. Dès lors les vins auront un fort degré d’alcool, peut-être un peu de sucre résiduel, et développer un style aromatique propre à son cépage (C’est ce qu’on trouve dans les vins grand public du Nouveau Monde). Autre inconvénient, avec son système racinaire superficiel la vigne devient de plus en plus fragile face aux sécheresses. A contrario, des racines très profondes donnent un style équilibré qui reflète le terroir.

Toute la subtilité réside donc dans la quantité. La législation ne s’en préoccupe qu’en rappelant que les rendements de production ne pourront dépasser ceux stipulés par appellation. L’eau devenant ressource rare, le système d’irrigation en goutte-à-goutte, d’abord obligatoirement visible pour être surveillé, pourra dorénavant être enterré pour éviter l’évaporation

 

Des alternatives ?

Certains rappellent qu’il existe d’autres méthodes de lutte contre la sécheresse - La vigne pousse dans des lieux à très faible pluviométrie (Liban, Turquie…) avec des enracinements très profonds. A court terme une couverture des sols (paillis, matériaux hydro-rétenteurs) peut réduire l’évaporation. A moyen terme mais avec un coût beaucoup plus élevé, une replantation avec des cépages plus adaptés et une densité moins élevée permettent de lutter contre le phénomène.

 

Rédigé par Alain Echalier

Le 12/10/2018