James Cameron : Ce qu’il aime dans le vin c’est la main de l’homme

Frank Rousseau en compagnie de James Cameron, à l'issue de l'interview

 

 

 

Il travaille toujours sur le prochain opus de « Avatar ». Le multi-oscarisé James Cameron, détenteur de deux des plus gros succès du box-office, notamment grâce à « Titanic » est un indéniable perfectionniste. C’est aussi un environnementaliste de la première heure et un végan assumé, bien avant que cela devienne un phénomène de mode. Pour l’heure, le Canadien s’inquiète beaucoup de l’appauvrissement de nos sols agricoles et de la raréfaction des poissons dans les océans…

 

Dans « Terminator », je dénonçais déjà le risque de voir l’humanité se faire bouffer par une surenchère de technologie. En filigrane, je voulais exprimer ma peur du nucléaire. « Titanic », même si c’est une histoire vraie, pointait du doigt l’arrogance des hommes face à dame Nature. En créant un paquebot insubmersible, ils s’imaginaient être à l’abri de tout. Jusqu’à ce qu’un simple iceberg leur rappelle que nous sommes au fond bien impuissants face aux pièges générés par l’océan. Dans « Abyss », le message était le suivant : « Nous devons changer, pour retrouver nos chances de survie sur cette planète ». Pour nous enfoncer ça bien dans la tête, les terriens que nous sommes étaient mis en contact avec une intelligence aquatique supérieure, une force extrême, qui pouvait se permettre de nous juger ! ». La saga « Alien », elle, n’était ni plus ni moins qu’une mise en garde contre ces hommes qui souhaitent coloniser d’autres planètes. En violant certains lieux où nous ne sommes pas conviés, en modifiant leur environnement par notre présence on prend forcément des risques ! Quant à « Avatar », j’ai voulu y montrer les ravages d’un syndrome que je combats activement et ce syndrome c’est celui d’une auto-destruction programmée si nous n’agissons pas ! Vous savez, je suis né et j’ai grandi au Canada dans un village qui était entouré de fermes, de vignes et de terres agricoles. Vers l’âge de 17 ans, j’ai découvert la plongée sous-marine. Mes parents avaient déménagé en Californie du Sud. Comme nous habitions à côté de la plage, je passais pas mal de temps à explorer les fonds ! Très vite, je me suis aperçu que l’homme abusait de son environnement naturel. A l’évidence, nous pêchons trop dans les océans. La biodiversité en a pris un coup. Aujourd’hui, il faut faire des kilomètres en bateau pour voir des poissons alors qu’il y a une quarantaine d’années, ils venaient quasiment vous manger dans la main au bord des plages ! C’est pareil avec les sols agricoles, qui ont été bien souvent, trop souvent, tellement surexploités et se sont appauvris. Bref, nos sols sont de moins en moins fertiles. Pourquoi ? Parce que traités à grand renfort de pesticides, d’herbicides, et contaminés par les métaux lourds. Je suis végan pour ma part. C’est-à-dire que j’ai conscience de ce que je mange et de ce que je bois. Si c’est du vin, je m’assure que le viticulteur a bien respecté sa terre. Qu’il n’a pas brusqué les choses et qu’il l’a laissé aller à son rythme. Je préfère faire travailler les petites collectivités, les vignerons-artisans, les petites propriétés, plutôt que les grosses structures internationales qui essaient de vous vendre du « terroir » alors que leurs méthodes de productions sont hyper automatisées. Dites-vous bien que c’est la main, le savoir-faire, la connaissance, l’expérience et l’intelligence de l’homme, qui font un bon vin et non des labos, des machines et des éprouvettes ! Je ne sais pas à quoi ressemblera notre planète dans un million d’années ! J’ose espérer que nous serons encore sur cette terre et que nous aurons compris d’ici là son importance ! Qui sait, nous serons peut-être non plus des êtres vertébrés mais des organismes spirituels très évolués capables de communiquer avec la Nature rien que par la pensée !

 

 

Propos recueillis par Frank Rousseau, notre correspondant à Los Angeles