Gel meurtrier, zoom sur la Bourgogne et la Champagne

Retour sur les épisodes de froid connus par certains vignobles français depuis début avril.

 

Tragédies en Bourgogne

 

La semaine dernière, le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne a procédé à un état des lieux détaillé de la situation. Toute la région est atteinte, même si les dégâts sont très hétérogènes. Près d’un quart du vignoble est dévasté à plus de 70 %.

 

La Côte de Beaune a beaucoup souffert. Haute-Côte de Beaune, Puligny, Pommard, Meursault, Côtes de Beaune, Volnay, autant d’appellations prestigieuses où les bourgeons, mais aussi les contre-bourgeons ont gelé. D’ici une semaine environ, les vignerons devraient savoir si la vigne peut redémarrer à partir des yeux ou du vieux bois (le bois ayant poussé les années précédentes).

 

La Côte de Nuits semble relativement épargnée, à l’exception de Marsannay, Chambolle-Musigny et des Hautes-Côtes-de-Nuits.

 

Le nord est lui fortement touché. Le gel a ainsi beaucoup détruit à Irancy, Saint-Bris, Epineuil de même que dans le sud du Chablisien. À Chablis, où le froid n’est pas si rare, certains vignerons équipés de système d’aspersions les ont utilisés fortement pendant la nuit du 26 avril. Les VCI (sorte de vin de réserve qui ont été récemment adoptés à Chablis) devraient d’ailleurs bien servir.

 

On est alors en droit d’être réellement inquiet pour certaines exploitations ; pas dans l’immédiat, car les vins du millésime 2015, très qualitatifs, génèrent de bonnes ventes, mais pour l’année suivante. N’oublions pas en effet que ces destructions surviennent après les épisodes de grêles des années 2013 et 2014.

 

La Champagne sud aussi

 

La Champagne a été en comparaison relativement préservée dans son ensemble. Thibaut Le Mailloux, du CIVC, estime qu’environ 8000 ha ont été touchés, dont 4600 ha à 100 %. Les lieux les plus atteints sont essentiellement au sud : surtout la Côte des Bar, un peu la Côte de Sézanne, quelques lieux autour de Château-Thierry…

 

À Urville, dans la Côte des Bars près de Toyes, le vigneron Michel Drappier raconte ce qui s’est passé : « Le 26 Avril il a neigé et plu pendant la soirée ; tout a rapidement été trempé. Dans la nuit, les nuages sont partis, et avec la voûte étoilée apparaissant, le froid est venu. Au petit matin, la température avait chuté à -2.4 °C. C’était un gel à l’envers, venant des sommets et non de la plaine comme c’est généralement le cas ». 90 % de ses vignes, toutes situées dans des lieux réputés non gélifs, sont gelées. Seule sa parcelle des Renardières, protégée par un bois de sapins, a été épargnée. Tous les cépages sont atteints : le pinot noir et le chardonnay, mais aussi les cépages rares pour lesquels la maison est notamment connue (petit meslier, blanc vrai, arbanne). Même les contre-bourgeons ont gelé.

 

C’est la pire gelée que le vigneron de 57 ans ait connue, alors que c’était justement la première année de transmission à son fils ! Pour lui, cela rappelle le pire souvenir de l’hiver 1957 (où un froid historique avait touché la France entière, suscitant l’appel à la solidarité de l’abbé Pierre).  Ce froid, dit-il, « risque fort d’être Attila » (celui après lequel l’herbe ne repoussait pas).

 

Volume massacré, mais qualité toujours possible

 

Le champagne utilisant des vins de réserve, ceci devrait permettre d’atténuer quelque peu la perte. Mais même si la proportion de vin de réserve peut atteindre 50 ou 60 % des volumes, pour une exploitation dévastée à 90 % comme les champagnes Drappier, cela ne sera qu’une faible consolation.

 

La seule bonne nouvelle serait que les conditions météorologiques soient bonnes, en champagne comme en Bourgogne, jusqu’à la vendange. Car si les volumes seront faibles, rien n’empêche encore 2016 d’être une très bonne année.