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Cuivre : la dose maximum autorisée encore réduite

Le 27 novembre dernier la Commission Européenne a ré-autorisé pour 7 ans l’utilisation du cuivre dans l’agriculture, mais la dose plafond continue de baisser. Quels sont les enjeux pour les vignerons, les consommateurs et les citoyens ?

 

Si l’humanité connait depuis fort longtemps les effets fongicides et bactéricides du cuivre, ça n’est qu’à partir de 1878 qu’il est fortement utilisé. Dans le Médoc, le botaniste Alexis Millardet remarque alors que des vignes « peintes en bleue » résistent beaucoup mieux à un champignon dévastateur : le mildiou. (Il s’agissait à l’époque d’une pratique destinée à… éviter les vols de raisins). La solution appliquée, à base de sulfate de cuivre, est l’ancêtre de la bouillie bordelaise. Celle-ci sera dès lors utilisée sans limite dans la plupart des vignobles du monde.

 

Le cuivre : Dr Jekyll…

En solution pulvérisée, le cuivre limite la multiplication de champignons qui peuvent être mortels pour les plantes. Pour la vigne, il s’agit essentiellement du mildiou (un ensemble de maladies cryptogamiques provenant probablement d’Amérique du sud). Etant un produit naturel (non synthétisé), le métal est autorisé en Europe pour l’Agriculture Biologique. Comme il n’est efficace que sur les surfaces traitées, une dose minimum est nécessaire. De plus, le traitement doit être recommencé après les pluies, qui le lessivent.

 

et Mr Hyde !

Mais le cuivre a aussi des effets indésirables. Pour le vigneron qui l’applique, tout contact cutané doit être évité (port d’équipement spécifique obligatoire), accès à la parcelle traitée réglementé… Mais c’est surtout son accumulation progressive (il est non biodégradable) dans le sol qui est catastrophique. Car ce fongicide naturel détruit aussi les champignons microscopiques de l’humus. De plus, certaines espèces animales (lombrics, caramboles…) voient leurs populations chuter. Dès lors, c’est la fertilité même de la terre qui diminue. Dans certains endroits, après 100 ans de traitements sans vergogne, les concentrations atteignent ½ t. par hectare. Plus rien ne pousse. Par ruissellement, les plans d’eau avoisinants subissent également un effet délétère sur leur faune aquatique.

Enfin, même si la pulvérisation n’a lieu que sur les feuilles, un peu de cuivre finit par passer dans le jus de raisin (par remontée du sol, surtout quand il est acide). Heureusement, sa concentration est réduite par la fermentation alcoolique. Elle demeure bien en deçà du seuil autorisé (1 mg/l). Pas de danger donc à consommer du vin.

Pour autant, l’excès de cuivre peut nuire à la qualité du vin, et ce à plusieurs moments. Dans le sol, en abimant les mycorhizes (une association champignon/racine) qui aide la vigne à se nourrir en éléments utiles aux arômes du vin. Mais aussi lors de la fermentation alcoolique, car certaines levures (toujours des champignons), sont affectées. Il a ainsi été prouvé que le cépage sauvignon voit sa composition en thiols (composés aromatiques) baisser. Enfin, les vins provenant de vignes traitées avec de fortes doses de cuivre semblent être plus sensibles à l’oxydation.

 

Evolution de la réglementation

Ces effets connus ont entrainé une réduction progressive des doses maximales autorisées. En janvier 2006, le plafond a été abaissé de 8 à 6 kg/hectare et par an. Le récent vote Européen poursuit cette réduction, la quantité maximum passant à 4 kg par hectare et par an en moyenne et mesurée sur 7 années. En cas de saison très humide propice aux champignons, la dose pourra donc être dépassée ponctuellement.

 

Le Bio sur la sellette

Avec les progrès de l’agrochimie, des fongicides de synthèse ont fait leur apparition. Or certains ne sont pas lessivables par les pluies (inutile donc d’avoir à repulvériser après une averse). De plus, si à court terme ces produits sont plus toxiques que le cuivre, certains sont biodégradables. Dès lors, les agriculteurs conventionnels les ont adoptés, même si beaucoup continuent à utiliser aussi le cuivre. Mais c’est pour les agriculteurs biologiques, pour qui l’utilisation de fongicides chimiques est proscrite, que la nouvelle réglementation peut être plus problématique. Certains estiment que près de 20% des exploitations françaises pourraient ainsi avoir à renoncer à leur label AB.

 

Des solutions alternatives ?

La prévention est tout d’abord nécessaire. Les champignons se multipliant avec l’humidité, il faut maximiser l’effet du vent (dégager les plants et les grappes de l’excès de feuilles…). La prophylaxie est aussi indispensable : retirer les plants atteints, brûler les feuilles touchées... Enfin, certains traitements bio (purin d’orties, essence de prêle, bicarbonate de soude, de potassium…) semblent réduire les pathogènes. Et bien sûr, toutes ces mesures doivent être panachées. Le travail de certains vignerons en biodynamie (DEMETER limite le cuivre à 3 Kg/ha/an) montre que cela n’est pas impossible. Mais cela est bien sûr beaucoup plus difficile là où il pleut beaucoup (façade atlantique, Champagne…).

Cela pourrait aider à enfin comprendre pourquoi le « vrai » bio a un coût. Ne l’oublions pas lorsque l’on achète une bouteille !

 

Rédigé par Alain Echalier

Le 30/11/2018