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Brexit : quels changements pour les vins français ?

Si les Britanniques se sont prononcés par referendum le 23 juin, le Brexit est encore loin d’être une réalité. Le Royaume-Uni est une démocratie parlementaire, et nul ne sait encore ce qui va vraiment se passer. Quelles conséquences dans l’avenir pour les vins français exportés en Angleterre ?

 

Les britanniques, gros consommateurs

 

Nos voisins apprécient le vin. Avec 12,9 Million d’hectolitres consommés en 2015, ils se classent au 6e rang mondial. Et cela va croissant. D’après l’International Wine & Spirits Research, le Royaume-Unis devrait devenir 2nd pays en valeur d’ici 2018. Le vin se démocratise. Réchauffement climatique aidant, ils produisent du vin « anglais » dans le sud du pays. Mais si on compte environ 500 vignerons, cela représente 4,7 Million de litres, une goutte ! Ils font aussi du vin « britannique » en important du mou (jus de raisin), surtout d’Italie, ou en mettant en bouteille du vin acheté en vrac. Le marché est très fortement compétitif ; le consommateur moyen est de plus en plus attentif au prix de ce qu’il achète. 

 

 

Vins français déjà en recul

 

On le sait, depuis la crise financière de 2008, le Champagne s’est fait dépasser par le Prosecco italien ou le Cava espagnol, moins chers. Mais ce recul est généralisé. En volume, la France est maintenant en 4e position après l’Australie, l’Italie, et les États-Unis. Cela représente tout de même de 950 Millions à 1,4 Milliards d’Euros, selon les années. (Mais à comparer aux 11.7 Milliards exportés par la France en 2015, tous pays confondus, on s’aperçoit que le Royaume-Uni ne représente qu’un dixième des exports français). Et cette tendance est même à la baisse, malgré la chute de l’euro face à la livre en 2015, chute qui aurait dû doper nos exports chez les Britanniques. Le consommateur y cherche de plus en plus un vin de marque (communication plus facile) avec un cépage mis en avant et un attachement géographique. Les appellations françaises, basées sur le terroir et plus coûteuses, peinent.

 

Court terme, le taux de change

 

Depuis le referendum, la chute de la livre a mécaniquement fait augmenter les vins produits en euros (de 9 à 10 points). Mais les gros distributeurs (traitant avec les grosses exploitations) se couvrent généralement sur le marché des changes et les ventes de primeurs 2015 bordelais étaient quasiment terminées. (Ouf, ils venaient justement d’augmenter considérablement par rapport à 2014 !). Ce sont donc les petits vignerons qui auront un peu plus de mal à court terme. En fait la livre ayant également chuté face au dollars US et australien, tous les pays concurrents sont à la même enseigne. Les distributeurs vont bien sûr tenter de maintenir les prix en diminuant le plus possible marges et prix d’achats. Comme le rappelle Godfrey Spence (Master of Wine britannique), le prix de £5.99 étant un seuil psychologique important, la pression va être très forte pour cette de gamme.

 

 

Une fois séparés

 

Si la séparation de l’UE a bien lieu, plusieurs faits peuvent survenir. Le marché britannique, sous prétexte de lutte contre l’alcoolisme, est déjà fortement taxé. Mais les barrières douanières avec la France et l’Italie peuvent évoluer par rapport à celles actuellement existantes, et en comparaison de celles avec l’Australie et les États-Unis. (On ose espérer qu’Italie et France joueront cavalier commun dans cette négociation). De plus, les voyageurs britanniques ne pourront peut-être plus repartir avec des stocks de vin ? Les vignerons anglais, eux, ne pourraient plus bénéficier de la PAC. Mais ceci aurait peu d’impact pour le marché français. En effet ces vins relativement chers, sont essentiellement bus localement ou bien exportés vers les États-Unis ou le Japon.