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Bonneau du Martray : le rêve américain ?

Dans un communiqué aux Échos, la famille le Bault de la Morinière a annoncé la vente du célèbre domaine bourguignon Bonneau du Martray au milliardaire américain Stanley Kroenke.

 

 

Exceptionnel Domaine Bonneau du Martray

 

Situé à Pernand-Vergelesses en Côte de Beaune, le domaine a été fondé en 1835 par Charles Bonneau du Martray et était resté familial depuis. Il est exceptionnel à plusieurs titres. D’abord par sa constitution : 11 hectares d’un seul tenant sur la colline de Corton. Ensuite par une pente bien drainée et une exposition ouest qui garantit un surcroit de soleil quand la nuit à déjà enveloppé les parcelles de l’Est. Seuls deux vins sont produits, deux Grands Crus : Le Corton-Charlemagne (blanc) et un peu de Corton (rouge). L’histoire raconte que la vigne y aurait été plantée sur ordre de l’Empereur lui-même au VIIIe siècle. Récemment, c’est Jean-Charles le Bault de la Morinière qui gérait le domaine. Son apport a été lumineux. Ayant noté une érosion des sols, il avait abandonné la chimie, puis testé et finalement converti le domaine en biodynamie. Les rendements sont faibles (les vignes sont très âgées), les levures strictement indigènes et les vins de très longue garde. Le Corton-Charlemagne du domaine est une véritable référence dans l’appellation, vendue à plus de 80% à l’export.

 

 

Qui est Stanley Kroenke ?

 

L’acquéreur est un milliardaire américain de 69 ans ayant fait fortune dans l’immobilier et le sport. Il possède de nombreuses franchises aux USA, ainsi que la majorité des actions du club de football londonien d’Arsenal. Il est également l’époux d’une descendante des fondateurs de Walmart (célèbre chaîne de magasins américaine). Depuis 2006 il investit aussi dans le vin, avec notamment l’acquisition de Screaming Eagle, fameux domaine californien de la Napa Valley. Sa fortune était dernièrement évaluée à 7,4 Milliards de dollars par le magazine Forbes.

 

 

Quel est le deal ?

 

Pour l’instant le montant de la transaction reste inconnu. En Bourgogne, le prix du foncier s’envole depuis quelques années (le Clos des Lambrays s’était vendu à 100 M€ à LVMH en 2014). Armand de Maigret, le responsable des vignobles appartenant à Stan Kroenke a parlé d’un « coup de foudre », garantissant, bien sûr, que « l’esprit actuel perdurerait ». Comme c’est généralement le cas, le gérant du domaine assurera la transition. La cause réelle de la vente est inconnue. L’âge du gérant (67 ans) mais surtout le prix d’un tel domaine incite à penser à une solution de succession. Si c’est le cas, une fois de plus le système fiscal français montre ses limites et favorise l’achat d’une pépite du vignoble français par des capitaux étrangers !

 

S’il est certain que le nouvel acquéreur cherchera à conserver la très haute qualité de son investissement (le 1er en dehors des Etats-Unis), on doute qu’il vienne, comme Jean-Charles le Bault de la Morinière en 1994, s’installer dans le petit village de Pernand-Vergelesses pour gérer son domaine. La Bourgogne perd là un de ses plus nobles paysans !