L'interview vin d'Al Pacino

Ce bouc aussi bien taillé que des cépages, cette chevelure noir corbeau, cette veste tout droit sortie de la penderie du parrain, cette voix burinée par un abus de tabac et de pur Malt, mais c’est bien sûr, ce cher Al en personne. L’homme est une légende. Le rencontrer, c’est tutoyer Tony Montana alias « Scarface ». Respect donc…

                                 

Vous avez (presque) tout joué, les flics sado-maso, les parrains pittoresques, les révolutionnaires sur le retour, les rois shakespeariens, les fêlés bien frappés, les dealers séducteurs, les traîne-savate pathétiques, les preneurs d’otages bisexuels, les pizzaïolos surdoués, etc. De tous les rôles que vous avez interprèté quel est celui qui vous a  le plus ébranlé ?

Celui de diable dans « L’Avocat du diable». Quand vous venez d’une famille croyante comme la mienne, cela pose un problème de conscience. J’avoue avoir pas mal hésité avant de donner mon accord ! Mais avec un bon « pater noster », j’ai réussi à me faire pardonner ! (rires). Cela dit, il faut savoir se méfier des apparences. Les voyous peuvent avoir de la classe, je pense notamment à Don Corleone dans « Le Parrain » tandis que derrière les personnages de notables, on peut trouver des ordures capables de commettre les pires horreurs.

 

« Scarface », c’était il y a un peu plus de trente ans. Comment expliquez-vous que ce film ait pu marquer à ce point les esprits ?

Parce qu’un caïd en complet blanc qui saigne des gars et qui part s’attabler ensuite pour manger, tranquille, une assiette de spaghettis en sauce - toute fumante – ça ne s’oublie pas facilement ! (rires)

 

Vous avez beaucoup d’humour…

Vous en doutiez ? Vous savez, j’ai commencé dans des rôles comiques. La tragédie, les rôles plus sombres m’ont attrapé plus tard. Encore faut-il s’entendre sur la définition de « comique ». « Comique », je l’étais aussi d’une certaine manière quand j’incarnais Michael Corleone dans « Le Parrain ». Certes, ça ne saute pas aux yeux comme ça ! Mais si vous y regardez bien, il y a quelques scènes dans lesquelles se personnage fait de l’humour mais… à  froid !

 

Un bon acteur, cela se reconnaît à quoi d’après vous  ?

Mon grand-père était plâtrier. Quand il enduisait un mûr, il ne passait pas une couche d’enduit mais deux. Ca lui prenait deux fois plus de temps, mais lorsque le peintre peignait le mur, l’artisan le bénissait parce que son travail était mis en valeur. C’est la même chose pour un acteur. Si vous passez deux fois plus de temps à vous imprégner de votre personnage, il y a de fortes probabilités pour que le scénariste et le réalisateur vous encensent et …vous réembauchent !

 

Perfectionniste, vous l’êtes jusqu’à quel point !

Des exemples, j’en

 ai à la pelle. Quand je jouais « Serpico », je m’étais tellement investi dans mon personnage de flic » undercover » qu’un soir, en rentrant chez moi après une dure journée de tournage, j’ai arrêté pour de bon un gars qui zigzaguait sur la route ! (rires)

 

Sur le set de « And Justice for all », c’est un avocat que j’incarnais. Un type est venu me voir en me disant : « Vous qui êtes un homme de loi,  pourriez-vous me dire comment régler ce problème avec mon syndicat ? ». Et moi, le plus naturellement, je lui ai répondu : « Montrez-moi votre contrat ! Je vais l’étudier et je vous communiquerai les résultats de mon analyse ! Pour les honoraires, vous verrez avec ma secrétaire ! »  (rires). Si demain, on me demandait d’incarner un vigneron, je peux vous assurer que je mettrai tout en œuvre pour être crédible ! Je ne me contenterai pas d’une formation en accéléré, non, je travaillerai dans les vignes et j’espère bien qu’à la fin du tournage, on me gratifierait de quelques bonnes bouteilles…

 

Qu’est ce vous aimez dans le monde des vins ?

La passion et l’amour du travail bien fait ! J’ai rencontré un jour un vigneron Italien qui avait donné un nom pour quasiment chaque rang de pieds de vigne qui se trouvaient devant la fenêtre de sa chambre  ! Vous aviez « La magnifique », « L’évanescente », « La royale », etc. Quand cet homme parlait de son raisin, de son vin, on avait le sentiment qu’il parlait de sa femme, de ses enfants ou de quelqu’un qui lui était très cher.

Je voue une profonde admiration aux artisans, aux gens qui travaillent avec leurs mains, qui privilégient la qualité à la quantité. Nous sommes aujourd’hui dans un monde où on ne jure que par le rendement, le fric, les marges bénéficiaires. Je me doute que les propriétaires de vignes ou les exploitants de coopérative doivent gagner leur vie mais il y a généralement une constante chez eux, ils préfèrent mettre en avant la qualité de leur vin plutôt que leur tiroir-caisse ! Enfin ceux que j’ai côtoyés. Ce que j’aime aussi dans l’univers du vin, c’est que généralement, il est produit dans un lieu qui vous inspire, qui vous pousse à profiter de la vie,  qui vous pousse à être contemplatif !

 

De tous les endroits que vous avez visités, quel est celui où vous vous sentez en phase avec vous-même ?

J’aime toujours me rendre en Sicile. Boire un bon bianco d’Alcamo ou un Marsala au pied de l’Etna ça ne se refuse pas. Quand je viens à Cannes ou à Venise, si je le peux, j’essaye de faire un crochet par la Sicile. Là bas, on me fiche une paix royale ! La seule plaie à Cannes, ce sont les paparazzi. Quand je me rends chez vous, vous avez des types qui me pourchassent avec des téléobjectifs aussi gros que les bazookas utilisés dans « Heat ». Un jour, en marge du festival, un type m’a attrapé par la manche dans la rue et m’a demandé: « Etes-vous Al Pacino ? ». J’ai répondu par l’affirmative avec un tel empressement que le monsieur s’est dit : « Impossible, ce gars ne peut pas être Al Pacino parce qu’Al Pacino ne se serait pas arrêté pour moi »! (rires)

 

Si Al Pacino était un vin quel serait il a votre avis ?

[Eclat de rire] Un cru qui s’est forcément bonifié avec le temps et qui fait le maximum pour que l’étiquette ne se décolle pas trop. Je pense que je serais un vin fruité et corsé à la fois. Un vin complexe. Un vin qui a besoin d’être bien dorloté pour donner tout ce qu’il a ! Un vin qui faut savoir aussi apprivoiser…

 

Propos recueillis par Frank ROUSSEAU

Gilbert & Gaillard Los Angeles

comments powered by Disqus

Découvrez nos autres articles :

Pedro Almodovar : Une relation intime avec le vin

Cynthia Nixon : Wine in the city !

Vin Diesel : L’action man du cinéma yankee

Michael Fassbender : “Le vin est un marqueur de mémoire”

Justin Timberlake : « La trilogie du bonheur c’est golf, musique et vin »

Patrick Dempsey : « C’est en Europe que j’ai compris l’importance du vin »

RENEE ZELLWEGER : « Avec le vin il ne faut pas chercher à faire semblant »

Les Trump en quête d’un grand millésime 2016

COLIN FIRTH : « Quoi de mieux que du Debussy avec un verre de Bordeaux »

Télécharger l’application Gilbert & Gaillard sur votre mobile !

» sur iPhone : http://urlz.fr/21mA
» sur Android : http://urlz.fr/21mF

logo faceook logo twitter logo pinterest logo linkedin logo youtube

Le magazine

couverture du magazine du vin G&G

Les guides des vins

Les guides des vins
application iphone vin Gilbert & Gaillard

Téléchargez l’application Gilbert & Gaillard sur votre mobile !

» sur iPhone
» sur Android

Top 100 des vins espagnols

Les 100 meilleurs vins espagnols dégustés depuis un an.