L’Alsace face au défi du réchauffement climatique

Entre 1980 et 2015, la température moyenne a augmenté de deux degrés dans le vignoble alsacien. Les raisins, mûrs plus tôt, sont désormais vendangés en septembre. Les vignerons tirent aujourd’hui parti de ces nouvelles conditions climatiques pour améliorer la qualité de leur production. Mais demain ? L’INRA de Colmar et le CIVA travaillent d’ores et déjà main dans la main pour trouver des solutions pour faire face aux défis auxquels l’Alsace sera confrontée d’ici 2050 si le réchauffement climatique continue de suivre sa courbe exponentielle.

 

Le constat est implacable. En l’espace de 35 ans, la température estivale moyenne du vignoble alsacien a bondi de deux degrés. Ce chiffre, relevé par la station météorologique de Colmar, a eu une influence directe sur l’évolution de la vigne. « La chaleur impacte le cycle végétatif, ce qui avance la maturité des raisins de quinze jours à trois semaines », explique Jean-Louis Vézien, directeur du Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace. Résultat, les vendanges débutent elles aussi plus tôt : entre 1950 et 1980, la récolte des raisins commençait en septembre une année sur cinq, avant de battre son plein en octobre. Depuis 1980, le ratio est passé à quatre années sur cinq. « L’évolution moyenne va dans le sens du réchauffement, mais nous sommes confrontés à plus d’accidents climatiques », constate Jean-Louis Vézien. « En 2003, la canicule a grillé 20% des raisins. En 2010, ce sont les gelées tardives qui ont touché le vignoble ».  Malgré ces phénomènes erratiques, la hausse des températures semble pour l’instant profiter aux vignerons alsaciens. « Il n’y a plus de petit millésime », observe le directeur du CIVA.

 

Si les viticulteurs tirent aujourd’hui parti du réchauffement climatique, le conseil interprofessionnel est conscient qu’il s’agit aussi d’une épée de Damoclès. « Une nouvelle augmentation de deux degrés de température moyenne d’ici cinquante ans aura des effets évidents sur la précocité des récoltes », anticipe Jean-Louis Vézien. « Les journées sont plus longues en septembre, ce qui ne fera qu’accentuer le phénomène, en augmentant l’exposition des raisins mûrs au soleil et à la chaleur ». A moins d’un miracle, l’Alsace sera donc contrainte de s’adapter si elle veut faire perdurer sa tradition viticole séculaire. Loin de la « viticulture fiction », quelques scénarios sont déjà envisagés pour limiter l’impact de la hausse des températures.

 

La richesse des terroirs Alsaciens, une arme contre le réchauffement

 

Granit, schistes, marnes, graves, calcaire, roche volcanique… La diversité des sols alsaciens n’a d’égale que celle des cépages régionaux. Alors que le gewürztraminer, réputé pour sa précocité, occupe aujourd’hui les parcelles les mieux exposées, il pourrait laisser sa place à des variétés plus tardives, comme le pinot blanc. « Nous avons la faculté de jouer sur les rapports entre types de sols et cépages pour compenser les variations climatiques », explique Jean-Louis Vézien. Le riesling, lui, pourrait s’imposer comme le grand cépage du XXIe siècle. Sa bonne structure acide et sa maturité tardive lui permettraient de faire face à la hausse des températures. « Les vignerons seront amenés à augmenter son encépagement, et à le planter sur des secteurs qui n’étaient jusque là pas recommandés », anticipe le directeur du CIVA.

 

L’ajustement des façons culturales pourrait lui aussi permettre de limiter les effets du réchauffement climatique. De l’enherbement, prôné pour réduire la température des vignes, à la taille tardive des ceps en passant par l’augmentation de la surface foliaire pour protéger les raisins du soleil, les solutions ne manquent pas. « Nous avons un arsenal pour lutter pendant quelques années », rassure Jean-Louis Vézien. Et après ? Si le réchauffement climatique continue de suivre sa courbe exponentielle, les viticulteurs de 2050 risquent de se retrouver confrontés à des cépages qui ne seraient plus adaptés aux conditions météorologiques, en plus d’être victimes de maladies comme l’oïdium.

 

L’Alsace, future terre de vins rouges ?

 

Faut-il alors envisager d’implanter de nouvelles variétés, plus adaptées aux nouvelles températures ? « D’un point de vue strictement scientifique, tous les cépages de France pourraient être cultivés en Alsace si le réchauffement climatique se poursuit, à l’exception peut être du mourvèdre, très tardif », explique Eric Duchêne, ingénieur de recherche à l’INRA. Les vins rouges pourraient gagner du terrain face aux vins blancs, emmenés par un panel de cépages beaucoup plus large. Jusqu’alors, seul le pinot noir était utilisé, les autres variétés n’arrivant pas à maturité. « Le but n’est pas d’importer de la syrah », nuance toutefois Eric Duchêne. « L’Alsace doit rester sur les types de vins pour lesquels elle est connue et appréciée, notamment pour des raisons commerciales ».

 

Si la possibilité de développer la production de vins rouges n’est pas écartée, l’enjeu des quarante prochaines années porte avant tout sur la capacité à faire perdurer la tradition des vins blancs racés, fruités, équilibrés et vifs. « Nous devons garder notre caractère alsacien, et éviter d’aller vers des vins comparables à ceux du Languedoc », renchérit Jean-Louis Vézien. Pour assurer la survie du vignoble tout en conservant la typicité des blancs, les chercheurs étudient de près le comportement de cépages venus de Grèce, du Portugal ou d’Italie, dans l’espoir de trouver une variété qui serait capable de donner le même style de vins sous les latitudes alsaciennes que le gewurztraminer, le riesling ou le sylvaner.

 

Vers l’apparition de nouvelles variétés

 

La solution pourrait venir de la génétique. Soucieux de faire perdurer l’identité des vins d’Alsace, le CIVA et l’INRA de Colmar ont donné le 1er janvier 2016 le coup d’envoi à quinze ans de recherche pour trouver une réponse aux effets du réchauffement climatique. « On ne changera pas la génétique du riesling en trente ans », avoue Eric Duchêne. « Il n’y a pas d’adaptation naturelle des cépages, il faut donc explorer plusieurs pistes, faire des tests ». En misant sur l’analyse chromosomique, le programme vise à créer une nouvelle variété en croisant cépages traditionnels et cépages hybrides. « Il y a des milliers de croisements possibles, et autant de pépins à analyser », explique Jean-Louis Vézien. La carte chromosomique permet de faire un premier tri. La mise en culture permettra quant à elle de voir si les nouveaux cépages résistent aux maladies, et donnent des vins comparables à la production alsacienne d’aujourd’hui. « Dix mille croisements sont prévus pour obtenir un ou deux cépages à la sortie, avec le risque que cela ne fonctionne pas », ajoute le directeur du CIVA. 

 

Une chose est sûre : cette nouvelle variété si proche du riesling n’en portera pas le nom. Les vins qui en seront tirés seront résolument alsaciens, sans être pour autant comparables aux millésimes 2014, 2015 ou 2016. « L’Alsace restera une région viticole, mais pas telle que nous la connaissons aujourd’hui », devine Eric Duchêne. Au delà des avancées scientifiques, le facteur humain sera décisif pour façonner l’avenir du vignoble. « C’est au consommateur d’accepter, ou pas, les nouveaux arômes, comme nous avons adopté des vins très différents de ceux que buvaient nos grands-parents ».

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