Matt Damon: « Mon premier bon vin, c’était un Bordeaux de 1970 »

 

Avec son jean amidonné, son pull en V qui ne peluche pas et sa coupe de cheveux bien dégagée autour des oreilles, Matt nous ferait presque songer à un étudiant en fin de cycle ! Du genre premier de la classe ! C’est au Ritz Carlton de Cancun que ce gendre idéal nous a reçus. Amateur de vins, la star est aussi un écologiste très inquiet de l’empoisonnement des terres avec la production de gaz de schiste…

Avant d'asseoirvotre position de méga starà Hollywood, j'ai cru comprendre que vous avez exercé pas mal de petits jobs dont celui d’apprenti caviste dans une boutique de Boston…

J’ai été ramasseur de balles pour les Boston Celtics (une équipe  de basket), pompiste le week-end et break-dancer sur Harvard square. Comme j’étais relativement doué pour le smurf, les passants me filaient de bons pourboires. J’ai aussi distribué des tracts publicitaires dans la rue. Enfin j’ai travaillé chez un caviste. Mon boulot consistait à m’assurer que les bouteilles que l’on exposait ne soient pas trop recouvertes de poussière. Je passais donc le plumeau pendant que le patron picolait en douce derrière la caisse ! Mais je n’étais en aucun cas le gars qui conseillait les clients lorsque ces derniers voulaient s’offrir un bon cru ! Mes connaissances, à l’époque, se bornaient à reconnaître le type de vin en fonction de la forme des bouteilles.

Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez dégusté un bon vin ?

Mon premier bon vin, c’était un Bordeaux de 1970. Je m’en souviens très bien. Nous l’avions descendu quasiment d’une traite avec mon ami Ben Affleck après avoir réussi à vendre notre script de « Goodwill Hunting » ! On a commencé au Bordeaux et nous avons fini au Champagne ! Et  lorsque nous avons remporté notre Oscar, là, nous sommes passées à la vitesse supérieure. Nous sommes rendus dans un resto très sélect de Los Angeles et nous avons demandé au sommelier de nous apporter ses meilleures bouteilles !

Est-il vrai qu’avec votre tout premier cachet vous vous êtes offert une cave entière de bon crus ?

Lorsque nous sortions de notre chambre avec Ben, il fallait que nous enjambions les clochards imbibés d’alcool. Ces pauvres bougres allongés sur les marches me demandaient constamment l’aumône alors que j’avais tout juste de quoi me payer un poulet à 1.29 dollar pour le dîner ! Boisson non comprise… Quand vous passez par ces étapes-là, vous ne pouvez que rester humble. Ca ne m’empêche pas de connaître des acteurs et des actrices parvenu(e)s qui prennent un malin plaisir à faire un scandale dans les restaurants parce que l’eau minérale qu’on leur a servi « contient trop de bulles» ou que leur salade ne comporte pas assez d’olives noires ! Avec son premier cachet, Ben s'est acheté une Jeep Cherokee toutes options et qui sonnait comme un camion de pompier à chaque fois qu'il montait dedans. L'alarme était défectueuse. Moi, j'avais "investi" dans une table de ping-pong de pro à 900 dollars avec, c’est vrai, quelques caisses de vins français. Je ne sais pas ce qu’est devenue la table. Je sais, en revanche, ce que sont devenues les bouteilles. Je les ai toutes bues ! (rires)

On vous dit très écolo…

Oui ! Je suis effrayé par ces villes, ces grosses agglomérations qui absorbent chaque année nos forêts, nos campagnes et nos vignes. J’espère qu’un jour, on ne fabriquera pas le vin comme on fabrique les sodas, c’est à dire dans des usines et en utilisant des tas de produits chimiques ! Notre façon de consommer et de produire doit être repensée. Les 8,5 milliards d’habitants qui se profilent en 2035 ne vont rien arranger. Les moins bien lotis d'entre nous et notamment les pays du tiers-monde vont vouloir en outre, à un moment ou à un autre consommer "à l'occidentale". Dès que leur niveau de vie aura légitimement décollé, la machine à produire va s’enrayer. Vers 2045 nous serons 10 milliards ou plus sur la planète ! C’est très inquiétant car il y a déjà des millions de gens qui n’arrivent pas à subvenir à leur besoin. Tant du point de vue alimentaire que de l’accès à l’eau ! La prospérité c’est bien mais encore faut-il être capable de la partager équitablement et sans mettre en péril notre environnement. Ensuite il y a un problème de conscience : à quoi ressemblera le monde sans animaux sauvages, sans vie marine ? Tout ça  parce que la plus dangereuse des espèces,  l'homo sapiens, aura occupée tout l’espace et accaparé toutes les ressources ?

 

On vous dit également très inquiet par la production de gaz de schiste. Vous pourriez nous dire de quoi il s’agit en deux mots ?

C’est un gaz naturel qui se situe à de grandes profondeurs. Entre 1 600 et 3 000 mètres. Il est coincé dans des roches compactes et très imperméables. Les spécialistes estiment que les réserves qu’il offre sont considérables et qu’elles pourraient subvenir à nos besoins en gaz pour les 150 années à venir. Ce gaz est réparti partout dans le monde et beaucoup de pays pensent que c’est la panacée. La réponse à tous nos problèmes énergétiques. Je sais qu’en France cette technique de forage pour extraire huiles et gaz de schiste n’est pas autorisée, mais chez nous elle l’est et c’est là où le bât blesse.

Pourquoi ?

Parce que pour extraire ce gaz, il faut en plus de l’espace, injectées des quantités d’eau monstrueuses. L’eau qui remonte est polluée. Chargée d’hydrocarbures, de sels et de tout un tas d’autres saloperies. Théoriquement, comme pour l’extraction du pétrole, il faudrait que les puits de gaz de schistes soient parfaitement étanchéifiés. Vous vous doutez bien que pour des questions de coûts et d’économie, la tentation est grande de ne pas prendre ce type de précaution. Les nappes phréatiques se trouvent donc contaminées. J’ai montré ça récemment dans « Promised land ».  Nous voulions dénoncer ces sociétés sans scrupules qui abusent de la naïveté des gens pour s’en mettre plein les poches…

Vous avez été au contact de ces fermiers, ces paysans, ces vignerons trompés et de ceux qui les flouent ?

Oui ! Avec John Krasinski (acteur et co-scénariste) nous  avons fait beaucoup de recherches sur la fracturation hydraulique. Nous avons parlé avec des fermiers lésés et nous avons pu voir comment ceux qui essayent d’obtenir des droits de forage s’y prennent. Souvent ce sont des citadins qui s’habillent en fermier et qui n’hésitent pas à rouleur dans des pick-up ou à mettre des casquettes avec une marque de tracteur, pour mieux embobiner les foules ! A travers « Promised land », nous dénoncions ces pratiques et critiquions sans détour la politique de l’autruche de certains de nos dirigeants.

Propos recueillis par Frank Rousseau à Cancun (Mexique)

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