Accueil >> Apprendre le vin

Apprendre le vin

Omar Khayyam, chantre du vin en terre d’Islam

 

L’Islam est-il soluble dans la modernité ? Les Musulmans peuvent-ils massivement adhérer à la liberté de conscience, la liberté d’expression, les droits de l’Homme, valeurs cardinales et non négociables qui font la grandeur de la civilisation occidentale ? Beaucoup en doutent avec raison.

 

Quelques grands esprits ont pourtant montré la voie. Portrait d’Omar Khayyam, libre penseur iranien et grand amateur de vin.

 

Un humaniste avant la lettre

 

« On affirme qu’il existe un enfer. C’est une assertion erronée, on ne saurait y ajouter foi, car s’il existait un enfer pour les amoureux et les ivrognes, le paradis serait dès demain, aussi vide que le creux de ma main”.

 

 

Né à Nichapour en Perse, Omar Khayam 1048-1131 (ou 1123) fut astronome, mathématicien, philosophe et poète, mais ses écrits ne furent connus en Occident qu’au XIXe siècle, découverts et traduits par le poète anglais Fitzgerald. Un esprit complet, fertile, ouvert, un humaniste avant la lettre.

 

 

 

 

464 quatrains dédiés au vin

 

Son œuvre la plus célèbre, celle qui lui a permis de traverser les siècles s’appelle les “Rubbayat” : 464 quatrains (strophes de 4 vers) dont le thème récurrent pourrait être “Bois et sois heureux” ; une philosophie profondément épicurienne, absolument originale en terre d’Islam, qui s’apparente à celle de beaucoup d’écrivains occidentaux : “Boire du vin et me réjouir, telle est ma manière d’être. Etre indifférent à l’hérésie comme à la religion, tel est mon culte”. Omar Khayyam vivait entouré d’amis et buvait avec eux ; il cherchait dans le vin à la fois un dérivatif et la force de supporter son existence : “Bois du vin ami, bois, car le temps est un ennemi implacable. Bois du vin, tu as des siècles pour dormir.” Carpe diem avant la lettre !

 

Un esthète désenchanté

 

Paroles d’ivrogne ? Non, propos d’une âme désenchantée, d’un pessimiste raisonné, d’un sage sans illusion sur les promesses de l’au-delà. En effet, s’il croit en Dieu, il croit peut-être encore plus en une forme de destin aveugle et incontournable dont, s’il le pouvait, il aimerait bien se défaire. Pour lui, il faut prendre conscience que la vie éternelle est un leurre, d’où une certaine amertume qui ne peut être atténuée que dans la recherche d’une existence d’homme certes mortel, mais libre. Il entend pratiquer une religion libérée du carcan de l’orthodoxie. Le moyen pour y parvenir ? L’ivresse plutôt que le pèlerinage à la Kaaba, le culte, la prière ou le jeûne.

 

"Le vin est un grain de beauté sur la joue de l’intelligence”. 

 

Son ivresse n’est pas celle du commun ; elle est un véhicule pour récréer le monde, accéder au rêve, échapper à l’angoisse de la fuite du temps : “Le vin donne des ailes à ceux qui sont atteints de mélancolie ; le vin est un grain de beauté sur la joue de l’intelligence”. Elle est celle d’un d’esthète.

 

Un libre penseur

 

L’un des aspects les plus surprenants des Rubbayat, surtout lorsqu’on imagine l’environnement religieux de l’époque et la force de la pression sociale, est la manière dont Omar Khayyam s’adresse à Dieu, sous forme de longs monologues irrévérencieux. Un jour par exemple qu’un coup de vent renversa sa cruche de vin placée imprudemment sur le bord de la terrasse, il s’écria : “Tu as brisé ma cruche de vin, mon Dieu ! Tu as ainsi fermé en moi la porte de la joie, mon Dieu ! C’est moi qui bois et c’est toi qui connais les désordres de l’ivresse ! Oh, puisse ma bouche se remplir de terre, serais-tu ivre mon Dieu ? Il n’hésite pas non plus à user de raillerie pour fustiger les mystiques et les puritains de son temps : “On affirme qu’il y aura, qu’il y a même un enfer. C’est une assertion erronée, on ne saurait y ajouter foi, car s’il existait un enfer pour les amoureux et les ivrognes, le paradis serait dès demain, aussi vide que le creux de ma main”.

 

 

 

 

Omar Khayyam, libre penseur persan, grand savant,  philosophe et poète, humaniste et épicurien, mourut à l’âge de 83 ans. C’est sans nul doute parce qu’il était humain, profondément humain, que son message est résolument moderne.

 

“Quand je serai mort, lavez-moi dans du vin et, du bois de la vigne, qu’on fasse mon brancard et mon cercueil”. On peut encore voir sa tombe à Nishapur, à l’ombre de deux rosiers.