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Apprendre le vin

L’histoire du Bourgogne

En 1395 Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité du vin et interdit la culture du Gamay sur ses terres, au profit du Pinot Noir. Ce fut le premier “décret alimentaire” au monde, devançant le système des AOC de plusieurs siècles et aussi un véritable acte fondateur du vignoble de Bourgogne tel que nous le connaissons aujourd'hui.

 

Ce cépage rustique a été cultivé en France depuis plus de mille ans dans les régions septentrionales et sur de petits massifs. Il résiste bien aux climats contrastés. Dans ces régions avec des périodes de fortes chaleurs, il peut produire des vins exceptionnels très semblables voire supérieurs aux grands Pinot Noir. Il est productif à très productif. Cela est peut-être dû au fait qu’il résiste bien à la coulure climatique printanière pendant la floraison. Dans ce cas d’avortement dû au climat, les baies dites millerandées sont nombreuses, sans pépins et plus volumineuses que dans d’autres cépages. Elles sont plus sucrées, plus riches en couleur et en tannins que celles normalement fécondées. Les vins du Gamay sont plutôt acides et parfois avec des tannins astringents. C’est un inconvénient à la dégustation pour les consommateurs sensibles mais un avantage pour la conservation de ces vins. Au vieillissement après 15 à 25 ans, l’acidité diminue, la rondeur et la douceur s’installent, les arômes tertiaires de sous bois, de gibier, de champignons apparaissent souvent renforcés par les fruits rouges comme la framboise et le cassis… Ils peuvent être surprenants et ils étaient très prisés par les professionnels pour constituer leur cave de vieux millésimes, fleuron des grands vignerons.

 

Les anciennes générations parlaient d’Arbre de Vie pour la vigne, de Sang du Christ pour le vin, d’à Votre Santé, d’Eau-de-vie… Pourquoi? Il faut bien comprendre qu’en Europe, le vin rouge était l’aliment indispensable fournissant à nos cellules pendant l’hiver les antioxydants dont elles ont absolument besoin pour réguler leurs excès de radicaux libres. Le Gamay, cépage robuste, était principalement cultivé en Auvergne, dans le Lyonnais, en Bourgogne, dans la Loire, en Lorraine et en Région Parisienne (la plus grande région viticole de France au XIXe siècle). En 1395, Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, ordonna son arrachage au bénéfice du Pinot Noir ! Les vignerons refusèrent ! Il décida d’envoyer la troupe pour arracher l’infâme Gamay. Aujourd’hui on peut expliquer ces faits par l’arrivée du petit âge glacière à partir des XIV-XVe siècles. Le Pinot Noir découvert et sélectionné par les viticulteurs est très certainement un descendant du Gamay. Il est moins acide, moins tannique, plus souple. En revanche il devait moins bien se conserver dans les futailles de l’époque et devait se transformer facilement en vinaigre. Cela expliquerait le refus des viticulteurs de l’époque. Malgré tout, grâce à cette action autoritaire, les régions de Dijon, Nuits Saint-Georges, Beaune et Chalon-sur-Saône connurent par la suite un avenir radieux et une renommée mondiale avec la naissance de cette mosaïque unique de Grands Crus. Au Sud, le Mâconnais et le Beaujolais continuèrent la culture du Gamay, produisant dans les bonnes années d’excellents vins de garde, malheureusement restés dans l’ombre des terroirs exceptionnels où règne aujourd’hui le pinot noir.

 

Les courbes thermiques nous montrent que le réchauffement climatique actuel, même s’il semble mesuré, nous replace sensiblement dans les mêmes conditions que celles du XIIe siècle. Avec l’expérience récente de la canicule de 2003, on peut ainsi raisonnablement penser à un retour du Gamay en Grande Bourgogne dans les années à venir. En effet avec la chaleur le Pinot Noir perdra peu à peu ses caractères uniques particulièrement développés en Grande Bourgogne. Des expériences conduites actuellement avec sérieux et objectivité prouvent la pertinence de cette hypothèse en constatant avec des millésimes comme 1976, 2003, 2005, 2009… que les vins de Gamay peuvent être riches, puissants, biens équilibrés, prometteurs et de très longue garde. Des bouteilles qui s’adresseront à des consommateurs avertis, passionnés par les caractères exceptionnels des vins de garde au vieillissement. Rendez vous dans 20 ans pour savourer ces merveilles !